1/4 Lettre ouverte de l’Association Foot Solidaire à M. Joseph S. BLATTER, Président de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) - FIFA Strasse 20 Po Box 8044 Zurich, Suisse
Envoyée en avance par e-mail et par fax
Paris, le 3 février 2010
Objet : Mondial 2010 - Lutte contre le trafic des jeunes footballeurs africains
Monsieur le Président,
En juin 2009, lors de la conférence FIFA/Football For Hope à Johannesburg, notre association avait proposé la mise en place d’une campagne de prévention à destination de certains pays africains pour lutter contre le trafic des jeunes footballeurs. Il s’agissait d’aller sur le terrain sensibiliser les jeunes, les familles et les éducateurs de football aux enjeux de la protection des mineurs. Or, depuis Août 2009, la FIFA n’a pas donné suite, arguant de contraintes budgétaires, retardant sa réponse jusqu’en décembre pour finalement abandonner le projet. Or si cette campagne n’est pas faite, nous craignons qu’après le mondial 2010, le trafic des jeunes mineurs ne s’installe durablement dans le paysage sportif africain, voire pire : qu’il s’institutionnalise.
C’est pourquoi je me permets d’attirer à nouveau votre attention sur le destin dramatique de ces jeunes quotidiennement maltraités, exploités et discriminés.
Ce sont des enfants, monsieur Blatter, les enfants de Nelson Mandela, de Roger Milla, de Rachid Mekhloufi, de Salif Keita, les héritiers de l’Afrique, terre si souvent pillée, des enfants que l’on recrute de plus en plus jeunes, en leur faisant miroiter l’intégration dans les clubs professionnels européens. Quand l’essai n’est pas positif, ce qui est le cas de la très grande majorité d’entre eux, on leur ferme la porte au nez, les laissant dans la rue, loin de leurs familles, dans des pays dont souvent ils ne parlent pas la langue…Malheureusement, certains dirigeants du football professionnel sont au courant, depuis longtemps, mais ne font rien, voire profitent de cette traite d’enfants…
2/4 C’est inacceptable !
Rien qu’en Ile de France, nous en recueillons plus d’une centaine chaque année depuis 10 ans.
Lors du 59è congrès de la FIFA en juin 2009, vous vous êtes engagé à mettre fin à cet « esclavage ». Mais le nouveau règlement instauré en octobre 2009, que nous avons pourtant salué, restera malheureusement inopérant aussi longtemps qu’un travail d’éducation et de prévention auprès des enfants et des familles ne sera pas effectué dans le même temps en Afrique, d’où l’idée de cette campagne d’information « Foot Solidaire Tour 2010.»
Nous attendons également des sanctions exemplaires à l’encontre des clubs professionnels et des agents fautifs. Nous avons récemment fait parvenir à la FIFA un dossier accablant concernant l’agent espagnol Salicrù Massegu, qui entretient des filières de trafic au Cameroun, nous n’avons reçu aucune réponse à ce jour, or ce monsieur poursuit ses activités sur le terrain.
Je tiens néanmoins à préciser, monsieur le Président, que le trafic des jeunes Africains n’est pas une histoire de méchants Blancs trafiquant de pauvres petits Noirs, les Africains eux-mêmes ne sont pas les derniers à organiser la marchandisation des enfants. Bien-sûr, les écarts de développement entre les continents sont la cause principale de ces dérives, mais le football doit prendre sa part de responsabilité.
Nous voulons tous contribuer à faire du mondial 2010 une fête de l’humanité en Afrique du sud, pays qui triompha de la ségrégation raciale grâce à l’action solidaire d’hommes et de femmes du monde entier déterminés à vaincre l’oppression, et par le courage de Nelson Mandela, brave parmi les braves. Comme en son temps l’Apartheid, la situation actuelle des jeunes joueurs africains n’est pas une fatalité. Le trafic des mineurs peut être réglé plus rapidement encore, grâce à la volonté des instances du football-la FIFA en tête- et au concours de tous. Mais il faut y consacrer les moyens, car c’est de l’avenir d’une certaine jeunesse qu’il s’agit.
Foot Solidaire a une expertise reconnue, en témoigne le travail effectué avec la FIFA elle-même, le Parlement Européen, la Commission européenne Sport, le Conseil de l’Europe, l’EPFL (ligues professionnelles européennes), notamment. L’association est aussi présente en Afrique et elle possède la capacité de faire bouger les choses sur le terrain si on lui en donne les moyens. Or depuis dix ans, malgré les promesses et le constat de la pertinence de notre action, aucune instance ne nous a aidé durablement. La protection des mineurs semble aujourd’hui inopérante, pour des raisons politiques ou financières, elle est complètement vidée de son sens.
La fédération française de football (FFF) malgré les promesses de son Président et la ligue professionnelle de football (LFP), qui emploie un important contingent de joueurs Africains, nous éreintent de réunions en réunions, attendant l’essoufflement de notre action, une attitude frileuse à l’heure où la France s’apprête à participer au mondial africain et à se porter candidate pour l’organisation de l’Euro 2016. Depuis le 1er janvier 2010, nous n’avons plus de locaux, ce qui est rédhibitoire pour continuer à recevoir quotidiennement les jeunes qui nous demandent assistance, mais tout le monde semble s’en moquer.
3/4 Monsieur le Président,
La FIFA veut « Gagner en Afrique avec l’Afrique », et nous nous félicitons que les choses aient commencées avec l’organisation des championnats du monde U20 et U17 en Egypte et au Nigeria en 2009, nous demandons à présent une aide décisive pour améliorer la prévention des jeunes footballeurs africains candidats à la migration. Sinon, Foot Solidaire est appelée à disparaître, la protection des mineurs à être dévoyée et l’Afrique à rester pour longtemps encore le terrain de chasse d’acteurs sans scrupules qui organisent impunément les trafics, avec la complicité de clubs professionnels, qui emploient directement ou indirectement des recruteurs sur l’Afrique afin de dénicher les futurs talents.
Vous prônez à juste titre la professionnalisation du football africain, pourtant si la base n’est pas saine, si les talents de demain sont continuellement pillés, trafiqués, comment cela sera-t-il possible?
Nous sollicitons donc de la FIFA une aide d’urgence de 240 000 € (deux cent quarante mille euros) qui correspondent au budget estimé pour organiser dès fin mars notre campagne d’information à destination de six pays africains parmi les plus touchés par les trafics de jeunes joueurs mineurs. Nous demandons également une subvention annuelle de 200.000 € (deux cents mille euros) pendant 5 ans pour nous permettre de nous professionnaliser. Nous demandons enfin l’admission de Foot Solidaire en tant que membre observateur à la sous-commission de la FIFA récemment créée, en charge de la validation des transferts internationaux des mineurs.
Foot Solidaire a longtemps fait confiance aux dirigeants du football, sûre de leur sens des responsabilités. Mais dix années d’hypocrisie, d’immobilisme et de ce qui pourrait s’apparenter à de la discrimination à notre égard nous obligent à vous solliciter, vous qui avez milité pour que le mondial 2010 soit attribué à l’Afrique, pour permettre à ce continent d’être restauré dans sa dignité. Nous sommes donc certains que comprendrez notre inquiétude.
Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération.
Jean Claude Mbvoumin
Président de Foot Solidaire
Email : footsolidaire@gmail.com
Tel : +33 6 59 25 61 43 / Fax : + 331 53 04 41 01
Copies (par ordre alphabétique) :
- M. José Manuel BARROSO, Président de la Commission Européenne - M. Jerzy BUZEK, Président du Parlement européen
4/4 - M. Nelson MANDELA, Prix Nobel de la Paix - M. Barack OBAMA, Président des Etats Unis (J’ai reçu du Département d’Etat américain le « 2008 Hero Acting To End Modern Day Slavery Award ») - M. Jean PING, Président de la Commission de l’Union Africaine
- M. Michel PLATINI, Président de l’UEFA - M. Jacques ROGGE, Président du CIO - M. Nicolas SARKOZY, Président de la République française (est au courant du dossier depuis 2005) - M. Herman VAN ROMPUY, Président du Conseil européen - M. Jacob ZUMA, Président de la République sud-africaine